Il y a dans le cocker anglais quelque chose de profondément britannique : la lande, la bruyère, la bécasse qui s'envole d'un fourré. Pourtant, peu de races se sont aussi bien acclimatées en France, au point d'y devenir, une génération durant, le chien de famille par excellence. Retour sur un parcours de plus d'un siècle.
Un chasseur de bécasses
Les spaniels sont d'antiques chiens de chasse, connus en Grande-Bretagne depuis des siècles pour lever le gibier à plume que le chasseur tirait ensuite. Au XIXᵉ siècle, on ne distinguait pas encore les races : dans une même portée, les sujets les plus légers étaient affectés à la bécasse, le fameux woodcock, dont ils prirent le nom. Le cocking spaniel, littéralement le spaniel à bécasses, était né dans les faits avant de l'être sur le papier. Sa morphologie compacte et son flair, décrits dans notre page sur le standard, découlent directement de ce travail.
La grande famille des spaniels se divise
La codification vient d'Angleterre. En 1885, la fondation du Spaniel Club engage un travail de description et de tri au sein d'une famille jusque-là très hétérogène. On sépare alors les spaniels selon leur taille et leur usage : les plus grands, qui font jaillir (to spring) le gibier, donneront le springer ; les plus petits, sous un certain poids, resteront les cockers. Un critère simple s'impose un temps : le cocker devait peser moins de 25 livres, soit environ 11 kg.
À partir de 1892, le Kennel Club britannique reconnaît au cocker un registre distinct. Des reproducteurs fondateurs, au premier rang desquels le célèbre Obo, né en 1879, fixent le type. C'est cette souche insulaire qui, exportée, va donner naissance des deux côtés de l'Atlantique à deux histoires parallèles.
Le cocker n'a pas été inventé : il a été trié, patiemment, parmi des générations de spaniels de chasse.
La séparation anglais / américain
Aux États-Unis, les éleveurs orientent le cocker vers un chien plus petit, au crâne plus rond, au museau plus court et à la fourrure spectaculairement abondante. En Angleterre, on conserve un chien de chasse fonctionnel, plus grand et plus sobre. Les deux types s'éloignent au point de devenir inconciliables : la séparation officielle intervient au milieu du XXᵉ siècle, l'American Kennel Club distinguant les deux races en 1946.
Aujourd'hui, la Fédération cynologique internationale les inscrit comme deux races bien séparées : le cocker spaniel anglais et le cocker spaniel américain. Confondre les deux reste l'erreur la plus fréquente du grand public, alors que tout les distingue, de la silhouette à l'entretien.
Ce guide traite exclusivement du cocker anglais. Plus haut sur pattes, au museau plus long et à la fourrure plus raisonnable, il se différencie nettement du cocker américain, plus petit et bien plus fourni.
L'arrivée et l'âge d'or en France
Le cocker traverse la Manche dès la fin du XIXᵉ siècle et s'installe durablement dans le paysage cynophile français, sous l'égide de la Société Centrale Canine et d'un club de race dédié aux spaniels. Mais c'est après-guerre que tout bascule : durant les Trente Glorieuses, le cocker doré devient une véritable icône familiale. On le croise dans les jardins de banlieue, sur les plages, dans les publicités. Il figure alors parmi les races les plus inscrites au Livre des origines français.
Cette gloire eut sa rançon. Produit parfois à la chaîne pour répondre à la demande, le cocker connut une période d'élevage anarchique qui abîma passagèrement sa réputation, certaines lignées mal sélectionnées se montrant nerveuses. La race s'est depuis largement assainie entre les mains d'éleveurs sérieux, ce qui rend d'autant plus important de bien choisir son élevage.
Travail et exposition
Fidèle à ses origines, le cocker anglais mène aujourd'hui une double vie. D'un côté, le cocker de travail, le working cocker, plus léger, à la fourrure courte et au tempérament de feu, reste un auxiliaire de chasse recherché, notamment à la bécasse et au faisan. De l'autre, le cocker d'exposition, à la robe plus étoffée et à l'allure plus posée, brille sur les rings. Les deux partagent le même standard, mais un œil averti les distingue au premier coup d'œil.
Le cocker aujourd'hui
Débarrassé des excès du passé, le cocker anglais s'est réinstallé parmi les valeurs sûres de la cynophilie française. Ni effet de mode ni chien rare, il séduit par ce qu'il a toujours été : un compagnon gai, sensible et attaché, dont le caractère mérite d'être connu avant l'adoption. Son histoire, elle, tient en une phrase : un chien de chasse devenu, sans rien perdre de son entrain, un chien de cœur.
Questions fréquentes
D'où vient le nom « cocker » ?
De l'anglais woodcock, la bécasse. Les petits spaniels chargés de lever cet oiseau des sous-bois étaient dits cocking spaniels : le nom leur est resté.
Cocker anglais et cocker américain sont-ils la même race ?
Non. Issus d'une souche commune, ils ont divergé au début du XXᵉ siècle. Ce sont aujourd'hui deux races distinctes, chacune avec son propre standard. Le cocker anglais est plus grand, au museau plus long et à la fourrure plus mesurée.
Quand le cocker anglais a-t-il connu son apogée en France ?
Durant les Trente Glorieuses, des années 1950 aux années 1970, où il figura parmi les races les plus inscrites au LOF. Le cocker doré fut alors un véritable chien de famille populaire.
Existe-t-il des lignées de travail et des lignées d'exposition ?
Oui. On distingue le cocker de travail (working cocker), plus léger et très porté sur la quête, du cocker d'exposition à la fourrure plus fournie. Les deux partagent le même standard mais présentent des morphologies un peu différentes.
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